L'HISTOIRE  D'UN DIAGNOSTIC TARDIF

François-Marie a 38 ans ; il a été diagnostiqué il y a 7 ans à Montréal (Canada).

A la suite des tests pratiqués :

·         dans le domaine des intéractions sociales réciproques,

·         dans le domaine du langage et de la communication,

·         dans le domaine des comportements stéréotypés et des intérêts restreints,

l'équipe pluridisciplinaire a conclu à un autisme de haut niveau avec TED ( troubles envahissants du développement ).

 

Dans sa petite enfance, François-Marie a eu un développement psycho-moteur à peu près normal à part des balancements importants dans son lit (vers 7-8 mois) qui pouvaient durer des heures, un retard de langage ( à part papa et maman, il a prononcé ses 1ers mots à 3 ans et 9 mois) et une grande difficulté relationnelle dès qu'il sortait de son milieu familial (composé de ses parents et de sa petite soeur ) .

L'entrée en maternelle à 4 ans fut très pénible : colères pour aller à l'école, quelques soucis sur le plan pulmonaire puis en fin d'année, bégaiement. Nous étions en 1974 ; sensibilisée par les émissions de TV avec les interviews de Bruno Bettelheim, j'ai tout de suite pensé à l'autisme !

Sa 2ème année (5-6 ans) s'est bien passée ; grâce à une enseignante très patiente et pleine d'empathie, il a bien récupéré et même progressé dans son rapport aux autres.

Pendant les années de primaire et en 6ème, il était très sage, (trop sage) , il ne posait aucun problème aux enseignants mais il avait du mal à jouer avec les autres enfants et à leur parler. Il aimait être dans sa chambre, seul, accumulant des tas de choses qui occupaient beaucoup son temps et beaucoup d'espace donc il était toujours dans le rangement ; il aimait les chiffres, les dates....les trains.

Tout a basculé en début de 5ème ; il s'est renfermé de plus en plus, ses rituels se sont intensifiés, ses résultats scolaires ont baissé car il était devenu plus lent dans l'exécution de son travail.

En 4ème il a commencé une thérapie par la parole ...

En 3ème, le climat scolaire et climat familial se sont dégradés..et il était évident que François-Marie n'allait pas pouvoir suivre une seconde normale .

Il est entré dans un CMPP de la région parisienne (il n'y en avait pas dans notre région) et là-bas il a poursuivi sa scolarité en suivant les cours du CNED, aidé par un psychopédagogue de ce CMPP.

Il a passé son BAC puis est entré à l'Université pour faire un Deug d'Histoire et une Maîtrise de Géographie. Pendant toutes ces années il a suivi une thérapie par la parole.

Vers la fin de ses études, il est revenu vivre dans son milieu familial.

 

Ont commencé des années de tâtonnements pour trouver un travail : rendez-vous à l'ANPE et autres structures qui aident les demandeurs d'emploi....à cette époque, on nous a conseillé de frapper aux portes de la Cotorep ; c'est ainsi que nous avons rempli un dossier pour qu'il soit reconnu Travailleur Handicapé.

 

En 2001, fréquentant le CMP de notre ville, il fut pris en charge par un psychiatre qui « parle de TOC » (trouble obsessionnel compulsif) et lui donne des médicaments : antidépresseur et neuroleptique. François-Marie avec un neuroleptique !!! lui déjà trop calme et manquant d'énergie !!!

C'est à cette époque que ma soeur du Canada m'a parlé d'un programme de recherche qui se mettait en place à Montréal. François-Marie a pu participer à ce programme et c'est ainsi que nous sommes partis et revenus avec , enfin, UN DIAGNOSTIC. Quel soulagement d'y voir plus clair !

 

Dès que le CRAHN s'est ouvert, nous avons pris contact avec eux...et peu à peu ...une solution a été trouvée.

François-Marie a passé un bilan de compétence dans un Centre agréé.

En juillet 2007, il est entré à la Communauté d'Agglomération Seine-Eure (CASE) pour un travail dans le domaine de l'archivage . Il a d'abord été embauché, en contrat ordinaire, à temps non complet (17,50 / 35h) 2 fois 3 mois puis 6 mois jusqu'en juillet 2008.

A cette date, un nouveau contrat a été signé : « vu la loi du 11 février 2005, relative à l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des Personnes Handicapées », François-Marie a été recruté, à temps non complet (28/ 35ème) en qualité de « fonctionnaire stagiaire » . Il n'a pas eu à passer les concours comme les autres, il a juste présenté ses diplômes.

 

Il a appris à conduire et prend ma voiture pour certains déplacements ; pour se rendre à son travail il prend le bus . Il va à des réunions d'échecs depuis quelques années.

Il a encore à apprendre à gérer un budget, préparer les repas et les travaux ménagers qui vont avec , le but ultime étant qu'il soit totalement indépendant et puisse vivre seul.

Dans le cadre de son travail, le relationnel reste délicat ; nous parlons au jour le jour des petites difficultés rencontrées dans ce monde qu'il ne connaissait pas auparavent et nous discutons pour trouver des solutions avec lesquelles il pourra se sentir bien.

François-Marie a du mal à faire des choix et il n'aime pas le changement... pourtant nous avons dû déménager fin 2008 ; cela a engendré de l'angoisse pour lui mais j'ai confiance que cette grande étape, qu'il franchit, peut favoriser une nouvelle évolution.

 

                                         Monique et François-Marie.

                                         Le 25 Juin 2009 




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